Il y a quelques temps, j’avais lu que les rumeurs concernant le projet de réforme des institutions financières d’Obama donnerait plus de pouvoir à la FED. Je n’avais pas osé y croire et je suis passé à autre chose… Puis voilà que le président préféré de tous les êtres humains débarque avec sa formidable réforme qui serait “du jamais vu depuis les années 30″.
Comme le titre de ce billet l’indique, si si, il y a eu des réformes au moins aussi importantes depuis la crise de 29 ! Prenons par exemple l’annulation de ces dites “grandes réformes” des années 30 ! L’abrogation des lois des “grandes réformes” des années 30 ne vaut-elle au moins autant que “les grandes réformes” qui promulguèrent des lois visant à éviter une nouvelle crise systémique ?
En d’autres termes, pour être honnête, Obama aurait dû dire : “les plus grandes réformes depuis celles de 1999-2000 qui ont annulé les dispositions prises à la suite de la crise de 29″. En clair, la super réforme censée empêcher qu’une crise pareille se reproduise est faite par ceux-là mêmes qui ont rendu possible la situation actuelle en revenant sur toutes les réformes de 29.
Je ne résiste pas au plaisir de m’auto-citer (hé oui le Blog du globe commence à avoir un peu de matière). Dans “crise économique, crise politique”, j’écrivais :
Il semble que l’on puisse dégager deux grands moments contribuant à déboucher sur la situation aussi absurde que catastrophique que nous connaissons actuellement. L’abrogation en 1999 du Glass-Steagall Act en serait la première étape : cette loi datant de la crise de 1929 visait à compartimenter le secteur bancaire, ce de façon à éviter l’effet domino en cas de faillite. Les banques de dépôt où vous et moi déposons nos économies ne pouvaient pas spéculer en bourse : elles ne pouvaient pas exercer les activités d’une banque d’investissement. L’ironie veut que cette évolution législative ait été voté en catastrophe pour rendre effective la création du nouveau géant Citigroup, résultat d’une fusion entre Citicorp et Travelers group. Citigroup est aujourd’hui l’une des planches les plus pourries de Wall Street…(et peu importe le bilan-bidon qu’elle publiera d’ici une semaine, cette banque est vouée à la faillite). Un risque systémique est donc né le jour même où ce Glass-Steagall Act fut abrogé. Feu Merill Lynch a aussi participé au lobbying pour cette loi… Ne nous attardons pas sur cet événement, la suite est presque plus croustillante – ou révoltante ?
Summers…une belle m…
Il apparaît en effet que Summers, l’actuel premier conseiller économique d’Obama, a joué un grand rôle dans le vote du « Commodity Futures Modernization Act of 2000 ». C’est en effet lui qui a soutenu auprès de Clinton cette réforme proposée à la base par des républicains, le bonhomme était à l’époque secrétaire au trésor… Cette loi avait pour but d’empêcher l’État de surveiller et de réguler toutes les transactions de gré à gré. En d’autres termes, elle avalisait la position toute puissante de l’industrie financière qui pourrait désormais faire des transactions portant sur tout et n’importe quoi, n’importe comment. Cette fantastique loi a rendu possible des scandales aussi énormes que grotesques : pour rappel, un an à peine après le vote de la nouvelle (dé)règlementation, l’affaire Enron éclatait… Concrètement ce texte autorisait différents acteurs du monde financier, tels que les banques ou les assureurs, à procéder eux mêmes à l’évaluation et aux règles d’échanges de tous les produits dérivés. Les CDO qui constituent la plupart des toxic assets, font partie de cette grande famille. Mais les grandes stars de l’opération se sont révélées être les CDS : ces produits ont pu proliférer grâce à cette loi passée par l’administration Clinton et le conseiller d’Obama.
Donc voilà : à mon avis c’était plutôt ce qui est rappelé ci-dessus, le genre de “grande réforme jamais vu depuis les années 30″. Les règles existaient : c’est leur annulation qui fut une réforme incroyable . Revenir à des règles de bons sens n’a rien de novateur… Le tout dirigé par Summers et Geithner… Bref, pour ceux qui ne l’avaient pas lu je renvoie au post dont est extrait la citation.
Et si encore c’était vraiment cela qui se passait. Si l’on ne faisait que revenir sur ces réformes irresponsables votées et promues par les politiques qui sont aujourd’hui à nouveau en place… Pourquoi pas ? On pourrait considérer la chose de la façon suivante : ceux qui ont fait la bêtise viennent la réparer. Après tout c’est bien ce que l’on dit aux enfants pour les responsabiliser : tu assumes tes actes en trouvant de(s) solution(s) au(x) problème(s) que tu as créé. Sauf que si le gosse est un incapable, on est censé lui coller une baffe et l’envoyer dans sa chambre illico. En l’occurrence c’est ce qui aurait dû se passer, mais…non. Aujourd’hui on se retrouve donc avec des incompétents notoires qui sont en train de tenter un bidouillage du problème dont ils sont l’origine.
Pourquoi dis-je tout cela ? (je crois même que je me répète sur ce coup là) Hé bien, souvenez-vous, il y a quelques jours, je postais une vidéo où un congressman tentait vainement de savoir si quelqu’un cherchait à surveiller les activités de la FED. Cette séquence donnait des frissons… Pas moyen de tirer un mot de la personne censée diriger la surveillance de la banque centrale américaine ,qui est je le rappelle une entité autonome et non-démocratique.
Aujourd’hui on apprend donc que les grosses crises, il n’y en aura plus parce que l’on va renforcer le pouvoir de la FED. Damn ! C’est déjà tellement opaque ! Et ce sont eux qui ont rendu cette crise possible, en maintenant des taux bas, en boostant la bulle immobilière etc.
Extrait du Washington post :
The proposals would greatly increase the power of the Federal Reserve, creating stronger and more consistent oversight of the largest financial firms.
En d’autres termes : renforçons le pouvoir d’une institution qui est d’ors et déjà hors de contrôle et qui est à l’origine de la crise. Pour ceux qui pourraient objecter que cela irait avec une plus grande surveillance de la FED, je dis : regardez cette vidéo dont je parle plus haut. La FED est une entité mafieuse.
Autre point de la réforme :
(…)Federal oversight would be extended to dark corners of the financial markets, imposing new rules on trading in complex derivatives and securities built from mortgage loans.
Grosso modo, Summers dit : rerégulons ce que j’ai dérégulé…merci monsieur le premier conseiller.
Bref j’ai peut-être l’air de dire trop souvent qu’on se fout de la gueule des gens mais bon, je vous donne mon point de vue qui est comme il est ! Ensuite il y a certainement des points positifs dans toute cette réforme… Mais j’avoue que tout cela ne m’inspire pas confiance du tout : je n’ai pas l’impression que ce projet puisse “faire le ménage” (c’est pourtant ce qu’il faudrait…au karcher, voire au lance-flamme).
Si l’annonce de cette réforme vous avait autant émue qu’un discours socialo-altermondialiste de sarko à l’OIT, sachez que je suis vraiment désolé d’avoir terni votre source d’émotions.
Plutôt que de m’en inquiéter j’ai décidé d’en rire…c’est ce qu’il y a de mieux à faire je crois.
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Billet excellent.
Bon.
Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Qu’est-ce qu’on fait pour informer les peuples ?
Qu’est-ce qu’on fait pour expliquer aux peuples ce qui est en train de se passer ?
On imprime ton billet, on le photocopie, on le distribue à tous les passants dans la rue ?
Est-ce que les passants dans la rue prendront le temps de le lire, puis d’aller s’informer ensuite ?
Est-ce que les passants dans la rue ont la tête à ça, en ce moment ?
Ou alors est-ce que les passants dans la rue ont tellement de problèmes à cause de la crise qu’ils ne peuvent pas s’occuper du problème fondamental que tu évoques dans ton billet ?
http://www.lesechos.fr/info/france/4876667-un-ete-difficile-est-prevu-par-les-administrateurs-judiciaires.htm
Mais c’est de Pékin, naturellement pourrait-on dire, qu’est venue la nouvelle la plus importante dans l’immédiat. Car, selon les données du Trésor américain publiées lundi 15 juin, les avoirs de Pékin en obligations américaines avaient diminué de mars à avril dernier, passant de 767,9 milliards de dollars à 763,5 milliards.
Commentaire laconique et peu explicite du porte-parole du ministère des affaires étrangères, lorsqu’il a été interrogé : « Quand nous gérons nos réserves en devises étrangères, nous le faisons toujours conformément à un principe de sûreté, de liquidité et de maintien de la valeur et conformément à nos besoins. »
http://www.pauljorion.com/blog/?p=3392
Conclusion : la Chine a commencé à se débarrasser de ses obligations américaines.
pour ce qui est de la Chine je pense que c’est ce qu’il va se passer oui… Mais j’aimerais bien que leurs réserves en dollars baissent pendant six mois d’affilée… On avait déjà une baisse en début d’année puis ça avait remonté illico… affaire à suivre !
Pour ce qui est de prévenir les gens…en fait c’est un peu ce que j’essaie de faire avec ce blog ! ensuite….les gens s’en foutront moins lorsqu’ils vont réaliser que le tunnel est encore très long…
Et ce n’est pas tant une question d’information que d’éducation. Ce qui est important je crois, c’est l’esprit critique…à utiliser partout, à propos de tout… ça force à comprendre les choses telles qu’elles sont et ça évite les potentielles réactions violentes, dues à une mécompréhension des problèmes auxquels on a à faire face…
Oui, mais ce n’est pas toujours vrai.
Les Français ont eu des réactions violentes justement parce qu’ils ont compris les problèmes auxquels ils avaient à faire face en 1789, en 1792, en 1830, en 1848, le 4 septembre 1870, à Alger les 13-14-15 mai 1958, etc.
A mon humble avis, il y a des moments dans l’histoire de France où le peuple a compris les problèmes auxquels il avait à faire face : le peuple a alors choisi les réactions violentes car mettre à bas le régime était pour le peuple un moyen de résoudre ses problèmes.
BIEN VU POUR L’ANALYSE
VOTRE ARTICLE A ETE PUBLIE SUR MON BLOG:
http://www.penseeunique.fr
BONNE LECTURE POUR LE RESTE
SINCEREMENT.
Un professeur d’économie américain avance une opinion un peu abordée sur ce blog mais va un peu plus loin. Pour lui, le problème n’est pas la régulation mais le principe de préteur en dernier recours qui a mené à la situation actuelle. C’est certes une vision très libérale (il développe le concept de “banque libre” et d’absence de banque centrale), mais il est certain que sans ce filet de sécurité, certains auraient été moins tenté de prendre des risques inconsidérés.
Je n’ai trouvé qu’une (mauvaise) traduction de son interview (mais j’ai pas cherché longtemps) : http://blog.turgot.org/index.php?post/George-Selgin-et-l-%C3%A9conomie-de-la-banque-libre