Il y a quelques temps quelqu’un m’avait fait remarquer ceci : les billets “euros” sont exempts de tout signe qui pourrait éclairer sur ce que peut bien représenter cette monnaie. Etant donné que j’ai l’impression que l’on est dans une phase stand by au niveau éco/finance, arrêtons-nous donc là-dessus (quand je dis “stand by”, entendons-nous bien : au fond je ne dis pas qu’il ne se passe rien…juste il ne se passe rien qui change le sens de ce que j’ai déjà dit, donc je m’en fous…déconnectez du Reuters, l’événement n’a plus de sens et l’histoire prend du retard).
Bref : l’idée de ce post est de comparer rapidement le dollar et l’euro par une analyse de leur représentation papier. Cela va donner un angle intéressant pour quiconque est préoccupé par des questions telles que : “franchement que va devenir l’euro ?”.
Des billets vide de sens
Voici le recto d’un billet de 100 :

Et puis son verso :

Vous constatez donc bien la chose suivante : rien ne nous explique ce que vaut ce bout de papier. On voit le chiffre 100… Ok. Niveau décor le recto a pour thème l’architecture au cours des siècles : c’est fort sympathique mais il faut noter que vous ne reconnaîtrez jamais un monument existant dans le monde réel. Le design des billets euros a en effet vu triompher la culture du consensus poussé à l’extrême…le dessinateur a été prié d’être suffisamment vague dans ses esquisses, de façon à ne froisser personne. Il en est de même pour les versos qui sont toujours estampillés de “ponts de nulle part” avec une carte de l’Europe…
Le pont symbolise la libre circulation en général…qu’elle soit intra-européenne ou internationale. C’est moins l’ouverture au monde que la libre circulation des marchandises qui est ici célébrée. La platitude consensuelle des décors est au fond une ôde à l’uniformisation du monde : sous prétexte de pudeur et d’évitement de conflits, on lisse les potentielles différences. Si le prétexte est de ne pas froisser certains pays en choisissant un monument ici plutôt qu’ailleurs, force est de constater que l’on débouche sur un billet incarnant l’idéal néo-libéral. Sur le papier monnaie, l’Europe se rassemble donc autour d’une carte, de monuments inexistants et de voies d’échanges imaginaires et infinies…
Je peux paraître négatif…toujours en train de grogner. Mais n’aurait-on pas pu trouver des monuments ou des personnages européens ? Heu…le tunnel sous la Manche par exemple ? Heu…quoique…z’ont pas l’euro les rosbifs…hum…bon… Je ne sais pas : pensez-vous que les hollandais auraient été jaloux des grecs si l’on avait choisi de coller la face de Platon ou Aristote sur un billet ? Nous français, aurions-nous été jaloux des grecs si l’on avait mis le parthénon à la place de la tour Eiffel ? Et puis si des petits pays étaient frustrés…il n’y avait qu’à leur permettre de tirer quelques petites séries à l’effigie d’une quelconque star locale. On aurait satisfait les egos tout en faisant le bonheur des collectionneurs. Autre idée : on aurait pu mettre des paysages typiques…disons les Alpes, les Pyrénées…le tout sans préciser le pays : voilà un symbole à cheval sur plusieurs pays dont l’évocation peut rester vague sans que l’on ait besoin d’inventer quelque chose qui n’existe pas.
Enfin bref…en réfléchissant deux minutes, je trouve des pistes intéressantes. Comment ce fait-il que les hauts fonctionnaires que l’on paye avec nos impôts et qui travaillent sur un seul sujet pendant des années n’aient pas pu dégoter une idée plus fine que leurs ponts de nulle part qui vont partout, et leur architecture de nulle part que l’on trouve partout ? Franchement ? Sont-ils si mauvais ? Ou bien sont-ils satisfaits du résultat par rapport au message qu’ils avaient à faire passer ?
Revenons au terre à terre
Laissons de côté le symbolisme…laissons de côté la culture etc. Focalisons-nous sur la question suivante : qu’est-ce qu’un euro ? Je ne désire pas rentrer dans un débat sur la monnaie ; non, je me pose juste la question de l’utilisateur lambda. Je me fais payer avec ces bouts de papier, je fais mes courses avec ces bouts papier etc. Qu’est ce qui donne de la force à ce bout de papier en particulier ?
Je décide donc de jeter un œil au billet de 100 euros en ne cherchant plus à décrypter les symboles : ce que je veux, c’est juste que l’on m’informe sur ce que représente ce bout de papier. C’est un genre de contrat, donc il doit bien y avoir des informations sur la personne ou l’institution qui se porte garante pour les 100 euros ? Non ?
Je cherche…je scrute…ah ! Il y a des initiales…BCE ECB EZB EKT… Mmmmh…c’est donc la banque centrale européenne peut-être… Une fois de plus, il semble que l’on ait renoncé au sens au profit du consensus. En dessous de ces initiales qui doivent rester énigmatiques pour un paquet de gens, il y a une signature. Le nom du signataire ? Son titre ? Sa fonction ? Niet… Rien on ne sait rien. Pour être concret il faut comparer à d’autres devises…Quel que soit la monnaie que l’on choisisse, il semble que le billet en lui-même ne sera jamais aussi hermétique et insipide qu’un billet libellé en euros.
On sait toujours à quoi correspond le bout de papier, qui est derrière ? Qui est-ce qui s’est porté garant ?
Visez donc cela :

Bon OK, ce premier exemple c’est pour l’humour…quoique ? Etes-vous sûrs que l’Euro ne rit pas jaune face à un billet de monopoly qui a lui le nom d’un responsable écrit lisiblement ?
Mais le dollar sera bien sûr plus parlant,
Côté recto:

Côté verso :

Au niveau du recto on note donc :
- Un nom de pays : l’institution responsable de l’émission du billet. L’euro est lui déterritorialisé, il est arraché à toute région. On ne voit pas quel ensemble politique est à l’origine de l’émission : nulle part il n’est question de l’UE. La carte et le pont ne signifient rien en eux-mêmes…(hormis ce que l’on a déjà évoqué).
- Un titre : trésorier, acoompagné la signature de l’intéressé.
- Un titre : secrétaire au Trésor, accompagné de la signature de l’intéressé. (Pour rappel : l’euro = une signature de “on sait pas qui”)
- Un logo de la FED, ici celle de San Francisco. Sur les autres billets, il y a le logo de la FED…(un simple logo n’aurait-il pas été préférable aux multiples initiales ? )
- Le gogo qui se pose des questions sur ce qu’est ce bout de papier qu’il utilise tous les jours trouve un bon éclairage avec la phrase : “this note is legal tender for all debts, public and private”. Ok : il peut donc payer ce qu’il doit avec ce bout de papier…il est censé être accepté partout, par n’importe qui. Dans le privé ou le public : il peut s’acheter des bonbons chez le boulanger, mais il peut aussi payer ses impôts avec le billet dollar. (sur le billet euro : il n’y a rien. Rien ne permet de savoir à quoi sert le bout de papier : ça tombe bien on ne sait pas exactement qui est responsable de toute façon).
- Sur le verso : on trouve deux slogans un latin. En anglais le slogan le plus populaire : “in god we trust”…bref…on fédère les utilisateurs et on incorpore des symboles dont on pourrait discuter des heures (sans même évoquer les théories des zozos).
La conclusion ?
En rapide ça donne :
- L’euro a un problème…et il n’y a pas besoin d’une analyse macroéconomique pour s’en apercevoir. Qui est garant de l’euro ? Une analyse papier permet de répondre à cette question… Personne ne “back” cette monnaie. Les quelques technocrates qui sont aux manettes n’ont aucune idée de ce qu’il feront si quelques pays explosent les déficits… Leur création parle d’elle-même : une coquille vide.
- L’Europe elle-même a un sérieux problème : si notre monnaie ne véhicule aucun symbole c’est parce qu’il n’y a pas de valeurs autre que le libre échange à proposer. Pas d’autres valeurs que l’effacement des valeurs. L’UE telle qu’elle est ne peut pas exister politiquement…elle n’a rien à dire au monde, pas même au travers d’un billet.
Conclusion de la conclusion :
Ceux qui suivent ce blog savent que je suis plutôt de tendance pro-européenne…mais là bon…je remercie tous les jours le seigneur qui fit que je suis arrivé 5 minutes après la fermeture du bureau de vote, lors du référendum de 2005.
God bless me, ainsi je n’ai pas voté oui…
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DES BILLETS SANS histoires
Regardez les billets en euros : aucun emblème (hormis un cercle de douze étoiles d’or sur fond d’azur, le symbole officiel du drapeau communautaire), aucun grand personnage, aucune référence aux « Pères fondateurs », aucun monument ni paysage réel. Normal : le groupe de travail chargé de définir l’iconographie des billets est resté arc-bouté à la volonté d’éviter toute référence nationale.
D’où une esthétique neutre de ponts (sur le verso), de fenêtres et de portails ouverts (sur le recto) symbolisant les uns « la communication à la fois entre les peuples d’Europe et entre l’Europe et le reste du monde », les autres « l’esprit d’ouverture et la coopération dans l’Union européenne », selon l’Institut monétaire européen, et gommant tout indice risquant d’égratigner la susceptibilité des pays « non représentés ». Contrairement à celle du dollar, l’iconographie des euro-billets ne comporte que « des figures architecturales refusant d’intégrer les composantes nationales de la conscience européenne (elles-mêmes perçues comme des défis à “l’entité Europe”), donc dépourvues de la force propre aux symboles d’appartenance, analyse André Orléan, membre du laboratoire Paris Jourdan Sciences économiques (PSE)1. Cela montre que l’euro circule dans un espace de marchés, pas dans une communauté de valeurs sociales. Il semble ainsi gagé sur un présent où l’économique et le monétaire l’emportent sur le politique et le culturel et sur un futur aux contours incertains ».
P.T.-V.
1. Laboratoire CNRS / EHESS / ENPC / ENS.
CONTACT : André Orléan, andre.orlean@ens.fr
“De ce souci permanent et méticuleux de « ne vexer personne », résulte-t-il des billets « idéologiquement neutres », et vides de sens ?”
Iconique …
Bon je me lance enfin dans un commentaire:
IN GOD WE TRUST pour le $, c’est bienvenu en ce moment parce que l’aide de dieu, il vont en avoir sacrément besoin pour que leur foutu billet vert repésente plus que le prix du papier.
Le logo de la FED, ouais c’est joli mais en même temps, c’est pas justement une bande de joyeux incapables? Non sérieusement, le billet vert est old school et véhicule des valeurs pourries. Ils gardent ce look pour qu’il reste reconnaissable partout dans le monde et puisse servir de monnaie parallèle dans les pays gangrénés économiquement.
Quant à l’€,OK c’est pas très personnalisé et sans doute un peu trop politiquement correct. Mais c’est que du pognon après tout, la monnaie est de facto un concept de dematérialisation. L’€ ira là où les gens veulent bien le suivre… Il veut peut-être juste signifier que c’est du fric, c’est commun et on s’en fout. L’Europe ne se résume pas à cela, l’€ est un moyen, non une fin.
Mais bon c’est symnpa cette analyse du design des billet, ca sort de l’ordinaire. Mais quand donc s’en servira-t-on d’outil de prédiction des taux longs?
Je pense en fait qu’il y aurait plein d’autres choses à dire sur ce sujet…sur l’euro et sur le dollar.
La communication est qq chose d’hyper important… Là-dessus l’euro est très faible : à mon avis, je le répète, c’est parce qu’il n’a rien à communiquer. Cela, c’est au niveau des “valeurs” au sens de “références morales, sociales etc.”
Ensuite au niveau “valeur” pris dans son sens économique, la communication a son importance par rapport aux informations qu’elle va distribuer. Le fait de ne pas savoir qui est le garant d’une monnaie… C’est une “dématérialisation” effectivement, mais elle est aussi extrême que nouvelle. Soit c’est une erreur, soit c’est l’avenir…dans les deux cas, c’est bien triste.
si c’est une erreur = euro qui va disparaître (perte de temps, chamboulement etc.).
si c’est l’avenir = qu’est ce que cela signifie ? les monnaies sont-elles condamnées à avoir une origine obscure ? Qui les contrôle ? Le peuple est-il là pour servir la monnaie ?
à mon avis la monnaie est là pour servir le peuple. Elle est là pour servir un projet, des individus…
Autre précision : sur laquelle je reviendrai sûrement… Le verso du dollar qui excite tant les conspirationnistes est à mon avis la traduction du fait que l’argent a une connotation “magique”. Ce sera un autre billet…(à la fois j’aime pas annoncer la suite, ensuite je me sens moins libre de rédiger !)
Comme toutes les constructions supranationales dans l’Histoire, l’Union Européenne s’effondrera.
Le plus tôt sera le mieux.
Bon, à part ça, la nouvelle du jour :
La Bourse de Paris s’enfonce après un indicateur US décevant.
La Bourse de Paris s’enfonçait dans le rouge mardi après-midi, le CAC 40 perdant 1,64 % après la baisse surprise de la confiance des consommateurs américains en juin.
A 16H21 (14H21 GMT) l’indice vedette CAC 40 perdait 52,35 points à 3.141,33 points, dans un volume d’échanges réduit de 1,367 milliard d’euros. La veille, il avait très nettement rebondi (+2,04%) comme la plupart des marchés européens.
La confiance des consommateurs américains, mesurée par le Conference Board, a baissé en juin, alors que les économistes s’attendaient à ce qu’elle soit à peu près stable. L’indice est retombé à 49,3 points, contre 54,8 en mai.
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=a89d126b947f4eb72370e980bea027c2
Amphigourique.
Le mot que vous cherchez est A M P H I G O U R I Q U E
Wall Street en baisse après la chute du moral des ménages américains.
Sur le front des statistiques, la confiance des consommateurs mesurée par l’institut privé de conjoncture du Conference Board a nettement chuté en juin, tombant à 49,3 points. Une baisse surprise alors que les économistes attendaient une stabilité de cet indicateur, à 55,3 points.
Les ménages sont à la fois plus pessimistes sur la situation actuelle que sur leurs attentes pour les six mois à venir. Leur moral est particulièrement suivi par les opérateurs, alors que la consommation constitue le moteur traditionnel de la croissance outre-Atlantique. La semaine passée, les marchés s’étaient déjà inquiétés de la hausse du taux d’épargne, au plus haut depuis 15 ans.
http://www.latribune.fr/bourse/20090630trib000394257/wall-street-en-baisse-apres-la-chute-du-moral-des-menages.html
La méthode Coué des commentateurs économiques et des éditorialistes commence à montrer ses limites.
L’explosion du chômage aux Etats-Unis est en train de détruire la confiance des consommateurs américains, et surtout de détruire la consommation aux Etats-Unis.
Et quand la consommation des Américains chute, c’est toute l’économie mondiale qui s’effondre.
@ A,
Je viens de débloquer ton commentaire qui était en quarantaine… Je ne suis donc bien sûr pas le premier à faire ce type de remarques, mais je suis ravi de retrouver mon analyse sous la plume d’un prof de l’ENS !
@ Bernard, oui joli mot !
@ BA : “Comme toutes les constructions supranationales dans l’Histoire, l’Union Européenne s’effondrera.”
Ben oui..mais bon, au fond : tous les pays sont supranationaux, au moins au début…(à part les US ! ) Et donc tous les pays naissent et disparaissent, ce n’est donc pas pour ça qu’il ne faut pas essayer de construire quelque chose. Juste il faut être un peu réaliste…et voir plus loin que le bout de son nez !
D’abord, il faut observer le spectacle qui va arriver dans quelques années : l’éclatement de l’Union Européenne.
Ensuite, et seulement ensuite, nous pourrons construire une Europe réaliste : l’Europe des Etats.