Je discutais il y a peu avec un ami qui a des restaurants, je lui ai demandé si son expérience confirmait mon pressentiment négatif concernant cette question : la TVA à 5,5 % en France allait-elle vraiment changer quelque chose pour le consommateur ? Réponse : non. J’ai aussi travaillé 3 ans dans ce secteur, je connais un peu les us et coutumes de cette profession en terme de gestion. Pour vous figurer les habitudes des restaurateurs en terme de politique des prix, je vous demande de simplement réfléchir à la hausse d’un menu du jour depuis le passage à l’euro en 2002 : les menus à 50 francs soit 7,50 euros, sont passés à environ 12 euros. Les menus à 100 balles sont aujourd’hui à 22 euros. On peut discuter sur ces chiffres tirés de mon “ressenti”, mais toujours est-il que l’on peut très raisonnablement poser que les plats/menus du jour ont en moyenne augmenté de 40 à 60%.
C’est une gestion de petit artisan qui tirera les prix sans scrupules (quit à se plaindre ensuite qu’il y a moins de clientèle). Des variations de même ampleur ont d’ailleurs pu être observables dans les boulangeries (ici encore comparez vos souvenirs en francs avec les prix en euros, c’est affligeant). Quand je dis “gestion de petit artisan”, n’y voyez aucun mépris pour le secteur : je cherche juste à signifier qu’il règne un certain esprit dans la profession, qui fait que l’on grapillera tout ce que l’on peut en ignorant les lois d’élasticité de la demande. En d’autres termes je pense que les prix ont trop augmenté pour que la hausse des tarifs ait été rentable : les clients ont fui en masse et la hausse des marges s’est perdue dans une baisse de la fréquentation. Personnellement je ne mets d’ailleurs plus un pied dans un restaurant français. J’évite un maximum les bars (surtout les parisiens avec leurs pintes de bières au prix d’une coupe de champagne, le tout servi par du personnel qui vous traite comme un chien). Je hais l’idée de me faire racketter…et si tout le monde était aussi radical que moi…
Bref aujourd’hui c’est donc le grand jour : de 19,6 % la TVA passe à 5,5 % dans la restauration. De mon expérience, la mienne et celle de mon entourage, il y a fort à penser qu’il n’y aura pas de répercussions sur les prix aux consommateurs. D’ailleurs ce n’est pas le but de l’Etat sur ce coup-là : le cadeau fiscal est effectivement un pur présent puisqu’il n’est assorti d’aucune obligation. Aucune loi n’oblige les restaurateurs à répercuter cette baisse de TVA… Lagarde qui n’est plus à une absurdité près (souvenez-vous la dernière c’était : la déflation, c’est bon pour le pouvoir d’achat) tente à présent de nous faire croire qu’elle va poursuivre les restaurateurs n’honorant pas leur contrat. Quel contrat ? Il n’y a pas de contrat… Enfin je la laisse s’exprimer (source Le Point) :
“S’il y a un panonceau (annonçant une baisse de prix, ndlr) et que les prix n’ont pas baissé, alors là, j’ai une arme parce que le Code de la consommation, article L121.1, me donne le droit d’aller poursuivre sur la base d’informations trompeuses”, a déclaré Christine Lagarde sur RTL, expliquant que le ministère disposait de 27.883 relevés de prix pour effectuer la comparaison. Interrogée sur le fait qu’elle pourrait utiliser cet outil pour attaquer les restaurateurs indélicats qui afficheraient de fausses baisses de prix, la ministre a répondu : “Et comment que je vais le faire !”. “C’est un contrat qu’on a passé (avec les restaurateurs). Il se trouve que je suis juriste et moi, les contrats j’y crois. Quand on s’engage d’un côté, (il faut) qu’on s’engage de l’autre. On a tenu la parole, il faut que les restaurateurs tiennent la leur. (…) Nous veillerons à ce que les engagements soient tenus”
A Ok…elle va poursuivre ceux qui mentent et qui enfreignent une loi déjà existante, c’est bien…pour une fois que l’on utilise l’appareil législatif en place, plutôt que de créer sans cesse de nouveaux règlements inutiles. Bien. Quelques remarques : 27 883 relevés de prix, c’est combien par rapport à 120 000 restaurateurs en France ? Ensuite avec quels moyens ? La brigade de répression des fraudes est déjà débordée : cette unité est en sous effectif et doit déjà aller courir les supermarchés, pour traquer la vie chère. Et puis quel rapport avec une garantie que les prix vont baisser en fait ? Cela n’a rien à voir avec la choucroute. Le must c’est vraiment le “on a passé un contrat” : mais quel contrat ? Il n’y a pas de contrat ! Elle est juriste et elle croit aux contrats…si elle connaissait le droit, elle saurait qu’il y a une différence entre un contrat rédigé sur papier et une promesse de comptoir (le pseudo pacte de baisse des prix sur deux ou trois produits n’est rien d’autre qu’une promesse de comptoir).
Mais non…Lagarde n’est pas incompétente : sa compétence c’est raconter des inepties… Donc dans un sens elle remplit ses fonctions et je suppose que c’est la raison pour laquelle elle a réchappé au dernier remaniement ministériel. Pour comprendre cette histoire, souvenons-nous que Mauss nous a appris qu’un contre-don succède toujours à un don… Alors qu’est ce qu’attend le gouvernement en retour ? J’ai eu la réponse très très explicite ce matin dans le Figaro (on s’en doutait avant quand même) :
Mercredi, jeudi au plus tard, les militants UMP découvriront dans leur boîte aux lettres un courrier signé Bertrand. «C’est la première fois qu’on envoie une lettre de mobilisation. Personne n’y a jamais pensé», se réjouit-il. Il y a quelques semaines, il avait écrit à 120 000 restaurateurs pour faire la promotion de la TVA à 5,5 %.
Les 120 000 restaurateurs ont donc chacun reçu une lettre du patron de l’UMP… Avec le papier de propagande, il y avait un bulletin pour prendre sa carte à l’UMP. Niveau timing on ne fait pas mieux…l’État marche main dans la main avec le parti politique dominant. Les recrutements de militants sont aujourd’hui une affaire de synergie… Les raisons de démarcher cet électorat sont multiples :
- Les restaurateurs sont nombreux.
- Les restaurateurs sont un bon moyen de véhiculer un message de propagande : ce sont des militants de terrain qui peuvent convaincre leur clientèle en plus de leur entourage.
- Les restaurateurs étaient une tranche de population à reséduire suite à la croisade anti-tabac.
Bilan des courses :
Pour une réforme dont tout le monde sait déjà qu’elle n’apportera rien ou très peu au consommateur, le contribuable va souffrir d’un manque à gagner de 2,35 milliards d’euros… C’est à peu de chose près le montant d’un bugdget d’un ministère comme celui de la culture (2,8)… On a déjà besoin de cet argent ET ON AURA VRAIMENT BESOIN DE CETTE THUNE POUR TOUS LES BUDGETS A VENIR. Au niveau UMP ils sont contents ils ont déjà récupéré entre 300 et 400 nouveaux adhérents. Je vous laisse faire le calcul de combien coûte en moyenne un militant UMP recruté de cette manière : le citoyen français se fait enfler et se retrouve à financer un appareil politique déjà trop puissant. Je vous le dit, je ne suis pas prêt de cotiser en France…si mon argent allait financer ce genre d’opération je serais fumasse.
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Une interprétation (sans aucun rapport avec le billet) de ce qui se passe aujourd’hui.
Récapitulons : les banques européennes ont emprunté 442,24 milliards d’euros à la BCE en juin. Taux d’intérêt : 1 %.
Ensuite, les banques européennes ont déposé 252,067 milliards d’euros à la BCE alors qu’elles ne toucheront des intérêts que de 0,25 % !
Conclusion : les banques européennes empruntent à 1 %, puis elles épargnent à 0,25 %. Pourquoi ? Parce qu’elles savent que la deuxième crise financière arrive. Dans la panique, elles placent leur argent en lieu sûr (à la BCE) même si ça ne leur rapporte rien du tout. Au moins, elles savent que ces 252,067 milliards d’euros seront sauvés.
Regardez bien ce graphique qui représente le montant des sommes que les banques européennes ont déposées à la BCE :
http://www.bloomberg.com/apps/cbuilder?ticker1=ECBLDEPO:IND
Le graphique récapitule l’évolution sur les 6 derniers mois.
Cliquez sur l’onglet « 5Y » pour voir l’évolution sur les 5 dernières années. Vous verrez que, lorsqu’une crise financière éclate, les banques européennes paniquent et déposent des sommes gigantesques à l’abri, c’est-à-dire à la BCE.
Aujourd’hui, ça recommence. Les banques européennes voient arriver la deuxième crise financière. Elles paniquent et déposent 252,067 milliards d’euros à la BCE. Au moins, ces 252,067 milliards d’euros sont en lieu sûr.
Joli travail de rapprochement…
Mais ça m’écoeure complètement, j’en ai perdu l’appétit!
Pour B A, une petite question: Avec toutes les infos que tu as, pourquoi ne fais tu pas ton blog, tu as vraiment de la matière !
Ton info sur le placement des banques mériterait traitement plus approfondi!
Walter, je t’envoie des chiffres actualisés (que je viens de t’envoyer sur AGORAVOX aussi).
PIB des Etats-Unis au 2 juillet 2009 : 14 097 milliards de dollars.
http://www.journaldunet.com/economie/magazine/en-chiffres/pib-des-etats-unis.shtml
Déficit public pour l’année 2009 : 1 841 milliards de dollars, soit 13,05 % du PIB.
Dette publique des Etats-Unis au 2 juillet 2009 : 11 489 560 999 310 dollars (soit 11 489 milliards, 560 millions, 999 310 dollars), soit 81,50 % du PIB.
http://www.treasurydirect.gov/NP/BPDLogin?application=np
Pour lire le montant de la dette totale (publique + privée) des Etats-Unis, il faut lire la page 15 :
http://www.federalreserve.gov/releases/z1/Current/z1.pdf
Domestic nonfinancial sectors : 33 517,9 milliards de dollars.
Domestic financial sectors : 17 216,5 milliards de dollars.
Foreign : 1 858,3 milliards de dollars.
Dette totale (publique + privée) des Etats-Unis : 52 592,7 milliards de dollars, soit 373,07 % du PIB.