Elections anticipées au Japon : petit rappel des enjeux

drapeau-japonAu Japon, des élections anticipées auront lieu  le 30 aout. Quels sont les enjeux ?

Souvenez-vous, il y a quelques temps je rapportais une série d’événements montrant que la tension montait chez les détenteurs de T-Bonds (cf article en question avec sources) :

“Masaharu Nakagawa, finance chief of the Democratic Party of Japan (DPJ), told the BBC that his country should not purchase any more US debt unless issued in yen

Le DPJ est le principal parti d’opposition et il a remporté des élections en 2007, ce qui lui donne la possibilité de s’opposer à certaines politiques. Ce parti n’est pas au pouvoir mais cette opposition n’a rien à voir avec notre PS en décrépitude. Si des aussi hauts responsables politiques commencent à évoquer l’idée de ne plus accepter de dette américaine libellée en dollars, on imagine bien que l’éventualité d’une monnaie américaine  ne valant plus rien est une idée qui fait son chemin. Encore une fois “doucement mais sûrement”…et je crois que l’on est plus proche du “sûrement” que du “doucement”.

Vous l’avez compris : le 30 aout le DPJ pourrait confirmer tous ses derniers succès électoraux en prenant le contrôle du parlement :

Un nouvel échec le 30 août au niveau national mettrait fin à près d’un demi-siècle d’hégémonie quasi-interrompue du PLD et à la paralysie du parlement, dont la chambre haute est contrôlée par l’opposition.

Une victoire de l’opposition mettrait-elle aussi fin à la politique arrangeante vis à vis du dollar ? Si les japonais se mettent à dire merde…j’aime autant vous dire que la monnaie américaine risque d’avoir de sérieux soucis. Après comme toujours on peut se demander dans quelle mesure le parti d’opposition peut mettre en œuvre ses menaces. Mais encore une fois…doucement mais sûrement… La logique de base finira par avoir des effets réels, les changements se feront avec ou sans l’assentiment de l’opinion de l’économiste lambda ( je parle de ces gens qui vous expliquent que ce qui tombe sous le sens n’est pas valable parce que blablabla…).

Souvenez-vous : les asiatiques peuvent très bien imprimer de la monnaie eux-mêmes ; quit à vendre des produits payés en dette qui ne sera jamais remboursée, ils préféreront jeter des marchandises dans le Pacifique plutôt que de brûler du fioul pour livrer aux US. L’effet “Keynes”, efficace ou pas, tant qu’on le paye il vaut mieux l’avoir chez soi. Le consommateur américain vaut quelque chose tant qu’il est crédible… au-delà de ça : niet, les exportateurs asiatiques ne vont pas participer à la relance d’un pays qui s’apprête à leur poser une carotte…

Il faut donc se demander comment les marchés interpréteraient une victoire de l’opposition au Japon. Vous reprendrez bien un peu d’or dans votre besace non ? C’est ce qui semblerait logique. En tout cas le projet de l’opposition est toujours dans les cartons…

July 13 (Bloomberg) — Japan’s opposition party, leading in polls ahead of next month’s election, said the nation should consider shifting its $1 trillion of foreign reserves away from the dollar and buying International Monetary Fund bonds.

“In the medium to long term, we need to do what we can to avoid the risk of currency losses or economic turbulence that could result if the dollar were to swing,” Masaharu Nakagawa, the shadow finance minister in the Democratic Party of Japan, said in an interview in Tokyo on July 9. “Many countries are starting to diversify their reserves.”

Donc wait and see… Oui le Japon aurait à perdre si il descendait le dollar…mais à long terme il y a tout à gagner. Ensuite ce ne sera peut-être pas un souci de rationalité tactique qui poussera le Japon à tuer le dollar. A mon avis ce type de politique pourrait aussi être le fruit d’une résurgence nationaliste, voulant en finir avec une très/trop forte influence américaine. On ne clôt pas 40 ans d’hégémonie d’un parti sans des changements radicaux : si le DPJ prend le contrôle des deux chambres, ils cassera des œufs pour le principe, histoire de montrer “who’s in charge”.

J’en remets une dernière couche : certains diront que le Japon ne va pas lâcher les US à cause de l’implication américaine dans la défense nippone. Heu…justement tout le problème est là : les américains n’ont pas tenu leurs promesses. Les bases yankees ne servent à rien si elle ne garantissent pas la sécurité de la région,  or les japonais ne sont pas très ravis de la  toute nouvelle bombe atomique nord coréenne… “On est jamais aussi bien servi que par soi-même” : voici une puissante rengaine qui ravira tous ceux qui désireraient exacerber le nationalisme japonais.

Affaire à suivre, en attendant il sera aussi intéressant de voir ce qui sortira de la rencontre sino-américaine du 27 juillet…

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10 Réponses vers “Elections anticipées au Japon : petit rappel des enjeux”


  1. 1 BA juillet 16, 2009 à 10:23

    Très intéressant, cet article.

    Rendez-vous le 30 août pour une analyse des élections japonaises.

  2. 2 BA juillet 16, 2009 à 2:24

    Marché : les rendements des T-Notes repartent à la hausse.

    Les cours des T-Notes se redressent, dans un contexte de nouvelles inquiétantes de la part du groupe bancaire CIT Group.

    Aussi, le rendement du T-Note à 2 ans perd 5 pb à 0,96 %, le rendement du T-Note à 5 ans cède 6 pb à 2,45 %, et les rendements à 10 et à 30 ans, 4 pb à 3,56 % et à 4,45 % respectivement.

    CIT Group a annoncé mercredi 15 juillet qu’« il n’y a pas de chances raisonnables que l’Etat lui fournisse une aide supplémentaire à court terme ». Le groupe, spécialisé dans le financement des petites et moyennes entreprises, indique que son management « évalue les alternatives. »

    Le groupe financier CIT, fondé en 1908, semble donc se rapprocher un peu plus du régime de protection sur les faillites. Présent dans une cinquantaine de pays, il revendique 60 milliards de dollars d’actifs et d’encours de prêts.

    La chute éventuelle de cette institution financière serait l’une des plus importantes depuis le début de la crise.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=dbe59ddddd56149c2153b9e45b6234d1

  3. 3 Etienne juillet 16, 2009 à 3:24

    Très intéressant article en effet. La perspective d’un retour nationaliste exacerbé au Japon n’est pas des plus réjouissante, mais si c’est la cas, c’est les sud-coréens qui vont être contents.

    Pour la CIT, d’après ce que j’ai compris, le problème est que ses actifs sont du même ordre de grandeur que ceux de certains hedge fund, qui vont se battre eux pour que des institutions de leur taille ne soit pas “too big to fail”, et donc moins contrôlées aussi … bref, beaucoup de gens ont des interêts à ce que la barre du “too big to fail” ne descende pas trop. Mais ce serait en effet un gros crash.

    Mais avec tout ça je me pose une question (sans doute un peu bête mais ce n’est pas mon domaine): est-ce les Etats-unis ont un intérêt à dévaluer le dollar et est-ce que cela peut faire partie de leur stratégie ?

  4. 4 Walter Bunker juillet 17, 2009 à 5:09

    “est-ce les Etats-unis ont un intérêt à dévaluer le dollar et est-ce que cela peut faire partie de leur stratégie ?”

    Oui bien-sûr : vu les dettes qu’ils ont… Leur dette est libellée en dollar : faire baisser leur monnaie permettrait au US de rembourser en monnaie de singe.

    Après il faudra gérer une chute du dollar : entre baisse et effondrement…il ne faut pas se louper.

    A mon avis tout cela finira sûrement sur une situation hors de contrôle (pas forcément à court terme). Les US feront alors un “fuck the world” : il créeront une nouvelle monnaie du style New Dollar…

    Les raisons à ça : si les US voulaient être prudents et se prémunir d’une possible situation incontrôlée, ils risqueraient de tuer tout espoir de reprise avant l’heure.

    Imaginons que l’argent fraichement “imprimé” se débloque et sorte des banques pour irriguer l’économie réelle : la solution serait de remonter immédiatement les taux. Problème : une remontée des taux relancerait immédiatement une vague d’insolvabilité des ménages qui ont emprunté avec des taux variables…

    Bref…

  5. 5 BA juillet 18, 2009 à 10:43

    La pandémie de grippe porcine, qui se propage à une vitesse sans précédent selon l’OMS, pourrait saper les chances d’une reprise de l’économie planétaire cet automne et la plonger dans une phase de déflation, a prévenu vendredi 17 juillet le cabinet britannique Oxford Economics.

    Ce cabinet, lié à la célèbre université anglaise d’Oxford, dit avoir extrapolé les conséquences économiques potentielles de la grippe porcine à partir des précédentes épidémies grippales et de celle de pneumonie atypique (ou SRAS) qui avait éclaté en Asie en 2003.

    Il en conclut, dans une étude publiée vendredi, que si l’impact économique et social de la grippe porcine est pour l’instant “très réduit”, “si les taux d’infections se mettaient à grimper, il faudrait s’attendre à des coûts importants”.

    Les économies asiatiques avaient su se remettre rapidement après la crise du SRAS, mais “cette fois-ci, un rebond aussi rapide semble peu probable”, avance le cabinet, en expliquant que la grippe porcine risque de bloquer chez eux des millions d’employés, et de faire chuter la consommation et les dépenses touristiques dans les pays touchés.

    “La perte au niveau du Produit Intérieur Brut pour six mois de pandémie pourrait atteindre environ 5 % au Royaume-Uni”, en cas d’infection de 30 % de la population, et d’un taux de décès de 0,4 %, des hypothèses conformes au pire des scénarios établis par les autorités sanitaires britanniques.

    Et il se pourrait même que “la grippe porcine entraîne le Royaume-Uni et le reste du monde dans la déflation”, c’est-à-dire une crise économique profonde marquée par une baisse générale et prolongée de la valeur des biens et des actifs, et qu’elle retarde de deux ans le redressement de l’activité économique, prévient le cabinet.

    http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/516971/la-grippe-a-pourrait-couter-cher-a-l-economie-mondiale.html

  6. 6 BA juillet 20, 2009 à 12:56

    Halliburton a annoncé ce lundi que son résultat net pour le deuxième trimestre 2009 avait atteint 262 millions de dollars (- 48 %), soit 29 centimes de dollar par action, contre 504 millions de dollars enregistré au cours du même trimestre de 2008 (0,55 dollar par action).

    ‘Les trois mois concernés ont été lourdement impactés par la nette baisse de l’activité en Amérique du Nord (- 39 %) et donc une surcapacité encore plus forte’, assure le groupe dans un communiqué.

    Le chiffre d’affaires d’Halliburton est passé de 3,9 milliards à 3,5 milliards de dollars entre le premier et le deuxième trimestre.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_societes.phtml?num=e2f0eac27c453b55caa8e751f88a3f89

    Frappé de plein fouet par les effets de la récession sur ses marchés, le groupe industriel diversifié Johnson Controls a enregistré un résultat net de 163 millions de dollars au titre de son troisième trimestre 2008-2009, soit 26 cents par action, à comparer à un bénéfice de 439 millions (73 cents par action) un an plus tôt.

    Le résultat opérationnel du groupe de Milwaukee a été plus que divisé par deux, à 282 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires en baisse de près de – 30 % à 7 milliards de dollars.

    Les plus fortes contractions d’activités ont été enregistrées dans la branche automobile (- 39 %) et celle de l’énergie (- 38 %), tandis que les revenus des activités liées au bâtiment ont diminué de 14 %.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_societes.phtml?num=210d18ba0ef9132dc2a50e993e73f0e3

  7. 7 BA juillet 21, 2009 à 9:41

    Son nom est le Borowitz Report et son édition du 16 juillet s’intitule « Goldman Sachs en pourparlers en vue d’acheter le Département du Trésor (le Ministère des Finances américain) ».

    Dans ce rapport, Borowitz explique l’offre de Goldman Sachs comme faisant partie d’un effort de rationalisation : « Nous avons déjà tant d’employés en commun ! » Et le porte-parole de la firme Goldman Sachs ajoute : « Le plus difficile pour nous en ce moment, c’est de déterminer la partie que nous ne possédons pas encore ! »

    C’est une plaisanterie bien entendu, mais ce genre de plaisanteries fleurissent en ce moment aux États-Unis. Certains plaisantent, d’autres se fâchent, comme Matt Taibbi dans son article devenu fameux dans Rolling Stone Magazine, d’autres encore s’énervent, se départissent, comme on dit, de leur flegme légendaire, comme Paul Krugman.

    Un petit rappel : un extrait de The Great American Bubble Machine, l’article de Matt Taibbi publié dans le numéro de juillet 2009 de Rolling Stone :

    « … et que rendit en échange Goldman Sachs au peuple des États-Unis en 2008 ?
    Quatorze millions de dollars.
    Voilà ce que la firme Goldman Sachs a payé en taxes en 2008, un taux d’imposition effectif d’exactement, oui : vous lisez bien, 1 %. La banque a versé la même année dix milliards de dollars en rémunérations et privilèges et déclaré un profit de deux milliards de dollars – et elle a pourtant payé au fisc moins d’un tiers de la somme qu’elle a déversé cette année-là sur son P-DG Lloyd Blankfein, qui récolta 42,9 millions de dollars.
    […] Voilà le monde où nous vivons aujourd’hui. Et dans ce monde, certains sont obligés de suivre les règles tandis que d’autres reçoivent une note du surveillant-général les dispensant de devoirs jusqu’à la fin des temps, avec en cadeau, dix milliards de dollars dans une enveloppe en papier kraft pour avoir de quoi s’acheter à déjeuner ».

    Un extrait maintenant de l’éditorial de Paul Krugman publié le 17 juillet dans le New York Times et intitulé The Joy of Sachs (un jeu de mots sur le titre d’un livre – illustré – qui fit scandale en 1972 : « The Joy of Sex ») :

    « … Goldman a fait ses bénéfices en nous prenant nous, nous les autres, pour des imbéciles.
    Et Wall Street y trouve un encouragement à perpétuer ce genre de petits jeux.
    Les bonus gigantesques que Goldman Sachs s’apprête à distribuer prouvent que les vedettes de l’industrie financière opèrent toujours de la même manière : pile, ils gagnent, face, les autres perdent ».

    Tout cela crée un très mauvais climat.

    Cela signifie la chose suivante : cela signifie que le peuple américain, dont on imaginait que son admiration pour la réussite financière ne se démentirait jamais, n’apprécie en réalité plus guère le genre de fanfaronnades consistant pour Goldman Sachs à annoncer triomphalement que ses employés gagneront 642.000 dollars en moyenne en 2009, dans un pays où le taux de chômage frise les 10 %, non pas que le fossé entre les privilégiés et les autres se soit trop creusé – des écarts énormes entre nantis et « sous-privilégiés » (underprivileged) n’ont jamais constitué dans ce pays un obstacle insurmontable à l’identification du gagne-petit au multimillionnaire – mais du fait que la réussite du milieu financier n’apparait plus aujourd’hui fondée sur l’effort, mais uniquement sur l’artifice : trop de brume artificielle cette fois-ci, beaucoup trop d’effets de miroir…

    Bien sûr, des îlots de prospérité se recréent, grâce aux commissions colossales que génère la liquidation de l’ancien système à l’agonie, primes touchées par ceux qui furent responsables de sa perte, et qui apparaissent encore une fois récompensés – contre toute logique et contre toute justice.

    La fin sans gloire d’une classe corrompue, tuée par ses propres excès est un spectacle affligeant. Mais que dire d’autre ? Et surtout, pourquoi s’énerver ?

    Paul Jorion, sur son blog.

  8. 8 Icon juillet 21, 2009 à 5:02

    Ce fichu PC n’est toujours pas revenu?
    Quand revenez vous Walter? Vos posts manquent au web!

  9. 9 BA juillet 23, 2009 à 2:44

    L’environnement financier a eu beau se détériorer en 2008, les ménages français sont restés friands de crédits. D’après une étude de l’Observatoire des crédits aux ménages, le taux de diffusion des crédits en 2008 s’est en effet établi à 52,6 % de l’ensemble des ménages. Un des niveaux les plus élevés depuis vingt ans. En tout, ce sont 14,05 millions de ménages français qui disposaient d’un crédit l’an dernier.

    Alors que la situation des établissements de crédit suscitait des inquiétudes, les ménages n’ont pas tiré un trait sur leurs projets en 2008 : 9,8 millions de nouveaux crédits ont été débloqués, en légère baisse de 4,4 % après une année 2007 exceptionnelle.

    2009 devrait être une autre histoire, les prévisions tablant sur un recul d’environ 25 % sur l’année.

    http://www.lesechos.fr/investisseurs/actualites-boursieres/02076325524.htm

    Pour les banques françaises, le choc va être terrible.

    En 2008, les banques françaises ont distribué aux ménages 4,4 % de crédits de moins !

    En 2009, les banques françaises vont distribuer aux ménages 25 % de crédits de moins !

    Conséquence concrète : les banques françaises vont gagner beaucoup moins d’argent dans les années qui viennent.


  1. 1 Youpi youpi, la crise est finie ! « Blog du globe Rétrolien dans novembre 1, 2009 à 10:15

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